Janvier 2006

No137 - ARTISANAT : Ouattara Bêh (Directeur de l’Artisanat): “Il faut une politique de protection des artisans”

27 Janvier 2006

Après avoir rendu visite aux artisans d’Abobo victimes des actes de barbarie des « jeunes patriotes », le directeur de l’artisanat, Ouattara Bêh leur exprime son soutien et propose des solutions pour leur protection.

Vous venez de visiter les décombres des ateliers d’artisans brûlés par les « jeunes patriotes ». Quel commentaire?

Le premier constat, c’est la tristesse. Une véritable tristesse qui nous habite de voir de si belles œuvres bâties dans la sueur, partir en fumée de la sorte. Cette situation fait vraiment mal au cœur. L’état de ces artisans aujourd’hui me rappelle celui de leurs camarades de la «casse » qui avaient subi le même sort, il y a peu. C’est vraiment dommage qu’à chaque fois qu’il y a des remous, nos artisans soient les premiers à payer. Le ministre du Tourisme et de l’Artisanat qui s’est senti très près de ces évènements nous a chargé de mettre en place une politique, pour éviter ce genre de malheur dans l’avenir. En clair, il s’agit de faire en sorte que s’il y a des problèmes dans le pays, cela se limite à ceux qui sont concernés. Mais, qu’on ne s’attaque pas à des honnêtes gens qui travaillent dur et qui vivent de leur métier. Il n’y a pas de raison qu’on vienne casser ici.

Qu’est-ce qui, véritablement, motive votre démarche ?

Nous voulons montrer aux artisans qu’il y a une tutelle et que cette tutelle, informée de leurs malheurs a voulu réagir. En fait, c’est le lundi 23 janvier que nous avons été saisis par le président de l’Association des menuisiers, ébénistes et tapissiers de Côte d’Ivoire, Bérété Mamadou. Mais en raison du changement de ministère et du temps pris pour les installations, nous n’avons pu nous organiser que maintenant. Aujourd’hui, nous venons pour voir ce qui s’est passé réellement et dire aux artisans que nous les soutenons. Ils doivent savoir que tant que la marche ne prend pas fin, les bras continueront de balancer et qu’il s’agit d’une lutte de longue haleine. Nous allons réagir pour emmener les uns et les autres à comprendre que le secteur de l’artisanat est noble et nourrit valablement son homme. L’on doit cesser de faire des artisans, des victimes de chacune des situations de crise en Côte d’Ivoire.

Concrètement, qu’allez-vous faire pour ces artisans sinistrés ? Allez-vous obtenir une contribution du gouvernement pour les aider à redémarrer ?

Une contribution de l’Etat ? Ce serait trop dire si nous l’affirmions maintenant. Pour le moment, nous allons nous en référer à notre ministre pour lui faire le point de la situation. Je crois bien qu’il y aura plus tard, une visite du ministre lui-même sur le terrain. Aujourd’hui, il s’agit d’une visite technique pour évaluer la situation. Nous allons faire notre rapport et les décisions devraient être prises au niveau des autorités. Et je crois que le Premier ministre et tout le gouvernement sont particulièrement sensibles au drame que viennent de vivre ces honnêtes gens. Leur seul crime serait peut-être d’avoir cherché à gagner leur vie honnêtement, sans se mêler de la politique.

Il semblerait que le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur le secteur de l’artisanat, pour la réinsertion des ex-combattants après le désarmement. Avec de tels coups de massues que les manifestants lui assènent à chaque soubresaut de la crise, pensez-vous que l’artisanat sera capable de jouer sa contribution dans le DDR ?

Le secteur de l’artisanat est effectivement le secteur par excellence qui peut créer du travail dans l’immédiat pour ceux qui en ont besoin. Dans le monde entier, cette réalité est connue de tous. Nous sommes très heureux de savoir que les autorités ivoiriennes l’aient maintenant compris. Chaque fois qu’il y a ce genre de sinistre dans le secteur, l’on se rend compte que c’est très négatif. D’un autre côté, l’on découvre qu’il s’agit d’un secteur vital avec lequel il faut compter. Après la démobilisation, nous maintenons le fait que le secteur de l’artisanat sera l’un des premiers qui pourra rapidement fournir du travail à ceux qui sont dans le besoin. Même ceux qui ont un métier et qui ont envie de se reconvertir ailleurs, l’artisanat leur garde toujours les bras ouverts. Nos enfants peuvent rapidement apprendre un métier grâce à ce secteur. Voici pourquoi, nous sommes tristes de voir que des Ivoiriens sont capables de s’attaquer aux ateliers et faire voler en fumée, des millions de francs CFA d’investissements. Malgré tout, je constate que les artisans sont très courageux. Vous avez remarqué avec nous qu’ils sont déjà à l’œuvre pour rebâtir ce qu’ils ont perdu. Ils doivent savoir qu’ils sont soutenus en permanence. Avec notre rapport, nous allons nous en référer aux autorités et les décisions vont suivre.

Source : Nord S-sud Media.com - Vendredi 27 Janvier 2006